Le lookmaxing : une tendance masculiniste qui fait débat

Marine Lopes
Marine Lopes

Passionnée par la culture, je suis toujours à l'affût de ce qui fait vibrer notre quotidien. J'aime mettre en lumière ce qui mérite d’être vu, compris ou retenu.

Une mâchoire plus carrée, un regard plus “viril” et un corps sculpté : le lookmaxing promet aux jeunes hommes un visage parfait grâce à des techniques controversées.

Mâchoire carrée, pommettes saillantes, regard de “chasseur” : sur les réseaux sociaux, une nouvelle obsession gagne les jeunes hommes. Baptisée "looksmaxxing", cette tendance promet d’optimiser son apparence pour devenir plus attirant et gagner en statut social. Popularisé, le phénomène puise ses racines dans les forums incel des années 2010. Derrière des conseils présentés comme de simples astuces beauté se cache une idéologie maculiniste et des pratiques qui peuvent mettre en danger la santé physique.

undefined

Une pression esthétique qui touche les hommes 

Longtemps, les diktats de beauté ont principalement pesé sur les femmes. Mais depuis quelques années, les réseaux sociaux imposent aussi aux hommes des standards toujours plus exigeants. Peau lisse, muscles dessinés, barbe parfaitement taillée et, surtout, mâchoire carrée : l’idéal masculin véhiculé en ligne laisse peu de place à la diversité des visages et des corps.

Sur les résaux sociaux, les algorithmes valorisent les visages symétriques, les physiques sculptés et les mises en scène léchées. Les filtres accentuent les traits, affinent les joues, creusent les ombres pour faire ressortir la fameuse "jawline". À force de répétition, ces images fabriquent une norme. Pour des adolescents en pleine construction identitaire, cette exposition permanente peut fragiliser l’estime de soi. Le corps devient un projet à optimiser, un capital à rentabiliser. La séduction n’est plus seulement affaire de personnalité ou de relation, mais de performance visuelle. Une logique qui installe l’idée qu’il faudrait corriger son apparence pour mériter l’attention ou l’amour.

Une obsession de la mâchoire parfaite

Au cœur du looksmaxxing, un détail cristallise toutes les attentions : la mâchoire. Large, carrée, bien définie, elle symboliserait la virilité, la domination et l’assurance. Des influenceurs dissèquent les visages de mannequins ou d’acteurs pour démontrer l’importance d’un menton projeté vers l’avant et de pommettes saillantes.

Pour atteindre cet idéal, plusieurs techniques circulent. La plus populaire est le "mewing", qui consiste à maintenir la langue plaquée contre le palais afin de remodeler progressivement la structure du visage. D’autres recommandent de mâcher des gommes très dures pour « muscler » la mâchoire, d’adopter un taux de masse grasse extrêmement bas pour faire ressortir les angles du visage, ou encore de travailler sa posture pour projeter le menton.

Dans les versions les plus extrêmes, certains vont jusqu’à se frapper légèrement les pommettes avec un objet dur pour stimuler l’os, une pratique dépourvue de fondement scientifique et potentiellement dangereuse. 

Des pratiques dangereuses pour la santé

Derrière ces conseils présentés comme simples et accessibles, les professionnels de santé tirent la sonnette d’alarme. Mâcher en permanence des gommes très résistantes peut provoquer des troubles de l’articulation temporo-mandibulaire : douleurs chroniques, claquements, blocages, voire difficultés à ouvrir la bouche.

Les coups répétés sur les os du visage exposent à des traumatismes, inflammations et dérèglements articulaires. Les régimes drastiques visant à descendre sous des seuils très bas de masse grasse peuvent entraîner carences, fatigue intense et troubles hormonaux. Chez les adolescents, ces restrictions peuvent perturber la croissance. Certains contenus évoquent également la prise de stéroïdes anabolisants pour accélérer la transformation corporelle. Or ces substances comportent des risques majeurs : atteintes cardiovasculaires, troubles psychiatriques, dépendance.

Au-delà des conséquences physiques, le looksmaxxing peut accentuer des troubles psychologiques comme la dysmorphophobie, une préoccupation excessive pour des défauts imaginés ou minimes. L’exposition répétée à des modèles retouchés renforce l’impression de ne jamais être “assez bien”. L’estime de soi devient conditionnelle, dépendante d’un idéal visuel souvent inaccessible.

Une "version relookée" de l’idéologie incel

Le looksmaxxing, un terme apparu dans les années 2010 sur des forums liés au mouvement incel, “involuntary celibate” (célibataires involontaires). Ces communautés rassemblent des hommes qui estiment être exclus des relations amoureuses parce qu’ils ne correspondraient pas aux standards dominants, et attribuent leur situation aux femmes ou au féminisme. Dans cet univers, l’apparence est perçue comme une clé déterminante du succès amoureux. Le monde serait divisé entre « gagnants » et « perdants » selon des critères physiques quasi biologiques. Le looksmaxxing propose alors une solution : optimiser chaque détail pour gravir l’échelle sociale et sexuelle.

Sur les plateformes comme TikTok, le discours se présente souvent sous une forme plus lifestyle : conseils grooming, sport, alimentation, posture. Mais il conserve en une vision hiérarchisée des rapports hommes-femmes, où la virilité se mesure à la capacité de dominer et de séduire. Certains chercheurs décrivent ainsi le looksmaxxing comme une porte d’entrée vers des contenus plus radicaux de la “manosphère”. Sous des hashtags anodins, des jeunes utilisateurs peuvent être exposés progressivement à des discours misogynes ou fatalistes.

En apparence centré sur le bien-être ou le développement personnel, le phénomène véhicule donc des représentations archaïques de la masculinité et renforce une pression esthétique inédite sur les jeunes hommes. Plus qu’une simple tendance beauté, le looksmaxxing interroge notre rapport collectif à l’image, à la virilité et à la valeur que l’on accorde aux individus en fonction de leur apparence.

Partager :
Ne manquez plus aucun article !

Recevez nos derniers articles directement dans votre boîte mail.

En vous inscrivant, vous acceptez nos communications.

Articles similaires

La “48 Hour Rule” : la méthode ultra simple pour dire adieu à la procrastination
2 min
La “48 Hour Rule” : la méthode ultra simple pour dire adieu à la procrastination

Et si la "48-Hour Rule" pourrait bien être influencer un déclic ? Sur TikTok, ce phénomène de la "Règle des 48h" s’impose comme le nouveau rituel pour les esprits les plus ambitieux. On vous explique pourquoi cette règle pourrait bien influencer l'avenir de vos quotidiens.

Lire l'article
La "Soft Life" : le nouveau manifeste anti-burn-out de la Gen Z
2 min
La "Soft Life" : le nouveau manifeste anti-burn-out de la Gen Z

Mise en avant sur les réseaux sociaux, la "soft life" s'impose désormais comme un véritable marqueur culturel et anti-déprime. Un salon sans télévision, le calme et la simplicité : découvrez comment la Gen Z opte pour un quotidien plus apaisant loin de l'hyperconnexion grandissante.

Lire l'article
Se laver le visage à l’eau salée : le geste viral qui affole et inquiète !
4 min
Se laver le visage à l’eau salée : le geste viral qui affole et inquiète !

Nouvelle obsession skincare, le nettoyage du visage à l’eau salée séduit autant qu’il inquiète. Présenté comme un remède naturel contre l’acné et les rougeurs, ce geste viral n’est pourtant pas sans risque.

Lire l'article