L’intelligence artificielle (IA), qui s'étend très largement à l'art, pose aujourd’hui des défis particulièrement sensibles pour l’industrie du cinéma. Alors que les avancées technologiques permettent désormais de reproduire des voix humaines avec un réalisme surprenant, certains comédiens de doublage français ont décidé de faire front contre ce qu’ils considèrent comme un véritable vol de leur identité vocale.
Huit voix mettent en demeure deux sociétés d'IA
Le 30 janvier 2026, huit doubleurs français ont envoyé une mise en demeure à deux plateformes américaines d’intelligence artificielle : Voice Dub et Fish Audio, pour avoir cloné et commercialisé leurs voix sans leur consentement. Ces artistes prêtent habituellement leur timbre à des stars internationales comme Julia Roberts, Harrison Ford ou Angelina Jolie, mais aussi à des personnages cultes de films et séries animées. Ces plateformes proposent, en contre partie d'une rémunération, la génération d’audio ou la lecture de n’importe quel texte par la une voix de votre choix parmi un large catalogue censé imiter des voix célèbres.
Une atteinte à la profession
Les doubleurs concernés ont exprimé leur colère sur ce qu’ils perçoivent comme une utilisation abusive et commerciale de leur voix. Françoise Cadol, qui prête sa voix à Angelina Jolie ou Sandra Bullock, a déclaré être "néantisée" par ces clonages vocaux, soulignant que l’IA parasitait son interprétation personnelle et professionnelle. Pour Céline Monsarrat, voix française régulière de Julia Roberts, le constat est implacable : lorsqu’elle écoute un échantillon généré par IA, elle reconnaît sa propre voix, mais sans l’expression, le jeu ou l’intention artistique qu’elle y met lorsqu’elle travaille. Au-delà du cas particulier des huit plaignants, cette affaire met en lumière une difficulté plus large : l’absence de cadre juridique solide pour réguler l’utilisation des modèles d’IA capables de générer ou de reproduire des voix humaines à partir de simples fragments audio.
Le cinéma, nouveau terrain de jeu de l'IA
Cette mise en demeure s’inscrit dans un contexte où la profession du doublage s’interroge sur son avenir face à l’expansion rapide de l’intelligence artificielle générative. Pour beaucoup, la capacité de l’IA à imiter une voix soulève des questions fondamentales sur l'authenticité artistique, l’identité professionnelle et les droits de propriété intellectuelle des artistes. Ces plateformes disposent de huit jours pour retirer de leurs catalogues tous les "modèles de clonage exploitant la voix des huit doubleurs". Et leurs doivent 20 000 euros de dommages et intérêts.