Alors que le sommeil est devenu un enjeu majeur de santé publique, certaines dérives liées à notre façon de dormir gagnent du terrain. Entre les rythmes de vie effrénés, le stress quotidien et la pression sociale pour rester performant, de plus en plus de personnes se retrouvent piégées dans une relation anxiogène avec le repos nocturne. Parmi ces dérives, l’orthosomnie se distingue : ce phénomène touche un nombre croissant d’individus et transforme la quête du sommeil idéal en véritable obsession, où chaque nuit devient un test et chaque chiffre un juge.
Un sommeil devenu obsession
Aujourd’hui, de nombreux dormeurs utilisent des outils connectés, comme des montres, des bagues, des capteurs placés sous le matelas ou des applications, pour analyser et "scorer" leurs nuits. Mais loin d’améliorer le repos, cette obsession des données peut devenir contre-productive. C’est précisément ce que l’on appelle l’orthosomnie : une quête excessive du "sommeil parfait", guidée par des chiffres et des indicateurs, parfois au détriment de la qualité réelle du repos. Des médecins du sommeil constatent d’ailleurs que certains patients ne consultent plus pour une simple insomnie, mais pour tenter d’optimiser leur score nocturne, quitte à développer une anxiété accrue au moment du coucher.
Trop de chiffres tue le sommeil
Le terme orthosomnie n’est pas encore une pathologie officiellement reconnue, mais il a été proposé par des chercheurs pour décrire cette obsession des données de sommeil générées par les outils connectés. Plus on cherche à optimiser ces scores, plus l’anxiété augmente à l’idée de ne pas atteindre des chiffres "parfaits", ce qui peut paradoxalement perturber le sommeil. Cette tendance illustre un paradoxe moderne : alors que l’objectif est de mieux dormir, l’attention excessive portée aux mesures peut accentuer les troubles du sommeil, surtout lorsque l’on privilégie les chiffres aux sensations réelles de repos.
Un impact psychologique réel
Chez certaines personnes, l’orthosomnie se manifeste par :
- une anxiété accrue à l’idée de ne pas dormir suffisamment ou d’atteindre un certain score
- une insatisfaction constante, même après une nuit considérée comme correcte
- une focalisation sur des données imparfaites issues d’appareils qui ne reflètent pas toujours la réalité profonde du sommeil
Cette obsession repose souvent sur une mésestimation de la précision des technologies : en réalité, les trackers utilisent des algorithmes basés sur le mouvement ou la fréquence cardiaque, ce qui ne traduit pas toujours fidèlement la qualité réelle du sommeil.
Repenser notre rapport au sommeil
Face à ce phénomène, les spécialistes recommandent de se rappeler que le sommeil se ressent plus qu’il ne se mesure. Plutôt que de viser une perfection basée sur des chiffres, il est préférable d’adopter des routines favorables, comme des horaires réguliers, un environnement calme et la réduction des écrans avant le coucher, et de se recentrer sur des repères personnels. Ainsi, l’orthosomnie nous rappelle que le lien entre technologies et bien-être ne doit pas se faire au détriment de la sérénité : dormir ne devrait pas être un défi statistique, mais un moment naturel et réparateur.