Figure emblématique des années 1990 et 2000, John Galliano a marqué l’histoire par son esthétique théâtrale, de ses débuts londoniens à ses années chez Givenchy puis Dior. Après son départ brutal en 2011 après des propos problématiques, il s'était réinventé dans l'ombre chez Maison Margiela, qu'il a quittée en 2024. Son arrivée chez Zara marque un tournant radical pour l’univers de la mode : l'exclusivité du luxe s’allie à la grande distribution. Entre créativité et dilemmes éthiques, cette collaboration inattendue s'annonce déjà comme étant l'événement mode de l'année 2026.
Une stratégie pour monter en gamme
Pour Zara, l'arrivée de Galliano est l'aboutissement d'une stratégie bien réfléchie : une montée en gamme. La marque multiplie les collaborations prestigieuses (Stefano Pilati, Ludovic de Saint Sernin, désormais John Galliano) et les campagnes avec des icônes comme Kate Moss ou Naomi Campbell. De plus, la marque a récemment habillé la star Bad Bunny pour la mi-temps du Super Bowl 2026, l’enseigne confirme ainsi ses ambitions de devenir un acteur important de la pop culture. Cependant, ce partenariat avec Galliano va plus loin qu'une simple collection capsule. Le créateur britannique va appliquer un véritable processus de "couture" aux archives de la marque. Concrètement, cela consistera à retravailler directement des vêtements et accessoires des saisons passées de Zara pour les déconstruire, les reconfigurer et leur donner une nouvelle expression, plus "haute-couture". Cette méthode baptisée re-authoring, permettra de transformer des pièces industrielles en créations signées par un créateur de luxe. La première collection est attendue pour septembre 2026. Elle promet d'offrir le génie de la coupe de Galliano à des prix de prêt-à-porter, et ainsi, à un plus large public.
Une collaboration controversée
Si l'annonce a ravi les nostalgiques de "l'âge d’or" de Dior et de Margiela, elle crée également de vifs débats. Sur les réseaux sociaux, de nombreux internautes rappellent les scandales racistes et antisémites qui ont poussé Dior à licencier le couturier dans les années 2010. Cette collaboration soulève également les problématiques éthiques récurrentes liées au modèle de production Zara. En acceptant de retravailler des vêtements déjà existants pour leur apporter une seconde vie, John Galliano s'inscrit dans une démarche créative inédite. Reste à savoir si ce travail saura réconcilier l'héritage d'un génie de la mode avec les exigences d'un marché en plein renouvellement social et environnemental.