À l’heure où les réseaux sociaux permettent aux artistes de diffuser leur musique sans passer par les circuits traditionnels, de plus en plus de musiciens choisissent de développer leur carrière en toute indépendance. Entre passion, débrouillardise et travail acharné, ce modèle présente autant de libertés que de défis. Pour mieux comprendre cette réalité, nous avons rencontré ÂMÉ, artiste indépendante, qui revient sur son parcours et les coulisses de son projet musical.
Quand on démarre de zéro et sans label, par quoi commence-t-on concrètement ?
ÂMÉ : "J’ai du mal à dire que je suis partie de zéro parce que je fais de la musique depuis l’âge de cinq ans. Mon parcours au conservatoire et les rencontres musicales que j’ai faites m’ont permis par la suite de m’entourer et de pouvoir commencer ce projet en n’étant pas seule. Ma première étape se traduit par le fait de faire des rencontres qui m’ont donné l’envie et qui ont su me soutenir pour réaliser le projet. Et je pense que cela est d’autant plus important aujourd’hui vu tout le travail qu’il y a derrière la réalisation d’une musique."
Sans budget de production d'un label, comment faites-vous pour enregistrer vos morceaux ?
ÂMÉ : "J’ai eu la chance en l’occurrence de rencontrer un ingénieur du son, Raphael Doleans, qui m’a accompagnée et m’accompagne encore. Il a un studio chez lui et pour le reste, tout se fait grâce à des connaissances et/ou des amis. Il arrive que je les paye avec mon argent personnel, mais plus pour le symbole. C’est parce que d’autres personnes croient aussi à mon projet qu’il peut prendre vie et cela à moindre coût et de manière qualitative."
Avec quelques centaines ou milliers d’abonnés, ressentez-vous une pression pour "grossir" à tout prix, ou est-ce que vous le voyez comme le début de quelque chose de plus grand qui prendra du temps ?
ÂMÉ : "Ça fait déjà un moment que je fais de la musique, le nombre d’abonnés n’est qu’un chiffre auquel je ne fais pas particulièrement attention. Je fais de la musique avant tout par passion. Si celui-ci monte, bien sûr que je serai heureuse et que ça pourra sûrement m’ouvrir d’autres opportunités. Pas de pression, je laisse l’avenir voir ce qu’il me réserve. Je reste déjà très fière de tout ce que j’ai pu réaliser pour le moment. C’est beaucoup de travail et de temps. Je remercie pour ça toutes les personnes qui me suivent déjà !"
Est-ce que vous vous forcez à suivre les codes des réseaux sociaux pour gagner en visibilité ?
ÂMÉ : "Pas vraiment, je poste comme j’ai envie. Si ça marche, tant mieux, et si ça marche pas, tant pis."
Comment éviter l’épuisement et ne pas perdre l’inspiration musicale en route quand on doit tout faire soi-même ?
ÂMÉ : "Oui, en effet c’est épuisant. Je suis très investie dans divers projets, je fais du bénévolat, je suis très impliquée dans le collectif lyonnais Target Live et je mène une vie d’étudiante en management, gestion et administration de la musique. Tout cela me prend beaucoup de temps car en plus, je suis très perfectionniste. Mais la musique fait entièrement partie de ma vie. Avec beaucoup d’organisation, je m’en sort ! Je songe à agrandir mon équipe, car de la création à l’administration, en passant par la com, il est vrai que je suis parfois débordée."
Comment décrocher ses premières dates de concert quand on est artiste émergente ?
ÂMÉ : "Du réseautage, des contacts, aller à des concerts, saisir les opportunités, parler de son projet, rencontrer des gens et surtout, envoyer des mails sans relâche !"
Est-ce que vous aimeriez signer un jour dans une maison de disques, ou préférez-vous garder votre indépendance ?
ÂMÉ : "Ça dépend du contrat. L’un comme l’autre a des avantages et des inconvénients."
Quelle place prennent les proches et l’entourage dans le parcours d’une artiste indépendante ?
ÂMÉ : "Je ne travaille pas forcément avec des proches, je ne les implique pas trop là-dedans. Ils sont au courant de mes projets, libre à eux de me supporter dans cette démarche ou non !"
Comment vivez-vous le manque de visibilité lorsqu’un morceau sort ?
ÂMÉ : "La musique c’est comme un exutoire, alors oui, la visibilité c’est compliqué, mais comme je l’ai dit, pour moi c’est important de faire de la musique pour soi avant tout. Je ne cherche pas forcément à être connue, mais seulement à trouver mon public. Alors je fais comme bon me semble et puis j'emporte celles et ceux qui le souhaitent dans mon univers."
Les réseaux sociaux sont-ils devenus indispensables pour exister dans la musique aujourd’hui ?
ÂMÉ : "Oui, les réseaux sociaux sont indispensables pour la musique aujourd’hui mais comme dans un peu tous les domaines créatifs maintenant. C’est à mon sens un peu regrettable, car je suis artiste et non influenceuse ou chargée de communication. Donc, promouvoir ma musique oui, mais pas devoir faire de la com tous les jours sur les réseaux, surtout si cela consiste à suivre des tendances, alors ça non."