Le 23 mai 2026, le rideau est tombé sur la 79e édition du Festival de Cannes avec un bilan à l'image de la sélection : engagé, exigeant, et résolument tourné vers un cinéma qui interroge le monde. Park Chan-wook et son jury ont récompensé huit films parmi les 22 longs métrages en compétition, avec de nombreux ex-æquo qui témoignent des difficultés du choix.
Palme d'or pour "Fjord" de Cristian Mungiu
C'est une deuxième Palme d'or pour le réalisateur roumain Cristian Mungiu, qui avait déjà été sacré en 2007 avec 4 mois, 3 semaines, 2 jours. Il devient le 10e cinéaste à décrocher deux Palmes dans toute l'histoire du festival. Son film, Fjord, raconte l'histoire d'un couple roumano-norvégien très croyant qui s'installe dans un village au milieu des fjords, ces bras de mer encaissés typiques de la Norvège. Leur quotidien bascule quand une enseignante découvre des ecchymoses sur le corps de l'un de leurs enfants. "L'état du monde n'est pas au mieux aujourd'hui. Je ne suis pas fier de ce qu'on laisse à nos enfants", a déploré Mungiu. "Ce film est un message pour la tolérance, pour l'inclusion, pour l'empathie. Ce sont des termes magnifiques que nous aimons tous, mais il faut les appliquer plus souvent", a-t-il conclu. Fjord sort dans les salles le 19 août.
Grand prix pour "Minotaure" : Zviaguintsev interpelle Poutine
Le Grand Prix est allé à un film tout aussi ancré dans l'actualité. Minotaure du russe Andreï Zviaguintsev est un remake du classique français La Femme infidèle de Claude Chabrol, transposé dans la Russie de 2022. Ce drame conjugal dépeint une société sous pression, avec des employés contraints de partir à la guerre et un monde qui s'effondre. Le réalisateur russe n'était pas venu à Cannes depuis 2017, année où son film Faute d'amour avait été couronné par le Prix du jury. Frappé par un covid long qui l'a plongé dans le coma et immobilisé pendant des mois, il vit en exil en France depuis l'invasion de l'Ukraine par la Russie. "Je ne veux aucunement être associé à ce qu'a fait mon pays." Depuis la scène du Grand Théâtre Lumière, Zviaguintsev a lancé un message au président Poutine : "Mettez fin à ce carnage." Minotaure sortira dans les salles le 14 octobre.
Virginie Efira décroche enfin sa Palme
Le moment le plus ovationné de la cérémonie. Dans Soudain, long film de 3h15 signé par le Japonais Ryusuke Hamaguchi, Virginie Efira joue une directrice d'EHPAD qui se bat pour imposer une philosophie de soins basée sur l'écoute et la dignité des résidents. Sa rencontre avec une metteuse en scène japonaise atteinte d'un cancer, jouée par Tao Okamoto, va bouleverser sa trajectoire. Les deux actrices ont partagé le Prix d'interprétation féminine ; une double récompense pour un film sur la vie, la mort et ce qui nous lie malgré tout. Pour Efira, habituée de la Croisette, c'est une consécration longtemps attendue.
Côté interprétation masculine, le jury a choisi de récompenser Valentin Campagne et Emmanuel Macchia pour leurs performances dans Coward de Lukas Dhont. Le Prix de la mise en scène a été partagé entre les espagnols Javier Calvo et Javier Ambrossi pour La Bola Negra et le polonais Paweł Pawlikowski pour Fatherland, tandis que le Prix du scénario est allé à Emmanuel Marre pour Notre Salut (seul film français récompensé de cette édition). Enfin, la réalisatrice allemande Aleska Grisebach est la seule femme à avoir été distinguée pour son film L'Aventure rêvée, récompensé par le Prix du Jury.
Hors compétition, des prix tout aussi marquants
La Caméra d'or, qui récompense chaque année le meilleur premier film toutes sélections confondues, a été remise à Ben'Imana de la réalisatrice rwandaise Marie-Clémentine Dusabejambo. Un premier film qui aborde la question de la mémoire du génocide des Tutsis au travers des tribunaux mis en place pour favoriser la réconciliation. Ce pan de l'histoire douloureuse du Rwanda était pour la première fois représenté en Sélection officielle. Une Palme d'honneur pour l'ensemble de sa carrière a par ailleurs été remise à Peter Jackson, le réalisateur néo-zélandais de la trilogie Le Seigneur des Anneaux, un cinéma grand public longtemps ignoré par Cannes. Visiblement ému, il a confié n'avoir "jamais imaginé gagner une Palme un jour".
Cette édition aura aussi été agitée par une tribune anti-Bolloré signée par plus de 3 000 professionnels du cinéma, dont l'écho a résonné jusqu'au soir du palmarès. D'autant plus que, lors de cette dernière journée cannoise, Canal+ a été assigné en justice pour discrimination envers les signataires de la tribune, avec qui le groupe affirme ne plus vouloir travailler. Un festival qui aura donc bien fait parler. À voir si la 80e édition l'année prochaine saura se montrer aussi engagée...