Euphoria, Baby, Skins… ces séries pour ado qui glamourisent drogues, alcool et violences

Violette Gabriel
Violette Gabriel

Grande lectrice de romans et consommatrice de spectacle vivant, je me plonge souvent dans des univers parallèles. Mais attention, je ne suis pas complètement dans la lune non plus! Je suis avidement l'actualité et j'aime analyser des phénomènes culturels sous un angle sociologique.

Il ne reste que deux mois avant la sortie de la saison 3 d'Euphoria, série HBO à succès sortie en 2019. Mais avant de se replonger dans l'univers de la fête, du néon et des dramas, faisons un retour sur ces séries pour ados et jeunes adultes qui rendent la consommation excessive d'alcool, de drogue et de sexe, glamour et désirable. 

Après 4 ans d'attente, la troisième saison d'Euphoria sort enfin cette année. Très attendue, très commentée et très critiquée, la série de Sam Levinson sait se faire remarquer par son esthétique particulière, immédiatement reconnaissable. Le réalisateur a trouvé la recette pour s'imposer à Hollywood: lumières tamisées, maquillages scientillants, musiques pop et slow-motion hypnotiques. Mais en dehors de l'atmosphère stylée et aesthetic de la série, il y a des adolescents qui souffrent. Une jeunesse addicte à la drogue, à l'alcool et aux relations toxiques, parfois violentes. Et souvent, cet aspect-là est oublié, ou du moins, rendu glamour par les paillettes qui le recouvrent.

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Drogue, alcool et sexe: des rites de passages scénarisés

Mais Euphoria n'est pas un cas isolé. Au contraire, elle suit une longue tradition de séries pour ado et jeunes adultes qui mettent en scène l'abus d'alcool, de drogue et de violences sexuelles d'une manière romancée, rendant la souffrance cool, presque belle. En 2007 sortait Skins, qui montrait des adolescents britanniques, livrés à eux-mêmes, enchaînant soirées, substances, relations amoureuses et amicales chaotiques. La série s'est voulue crue, brutale mais réaliste. La réalité des jeunes Anglais de l'époque, que la liberté totale des personnages rendait séduisante. Une dizaine d'années plus tard, c'est la série italienne Baby qui fait parler: deux jeunes filles de 14 et 15 ans tombent dans un réseau de prostitution. Malgré la gravité du sujet, le spectateur se plonge dans l'histoire en y faisant presque abstraction, voire en se disant que ce n'est pas si mal. Fringues de luxe, soirées dans des appartements design, boissons gratuites et histoires d'amour: la prostitution de mineures n'a jamais été aussi glamour

Quand le scénario devient réel

La plupart de ces séries disent vouloir dénoncer ces abus et, plus généralement, la souffrance de la jeunesse. Pourtant, celle-ci est rendue esthétique et devient souvent des trends sur les réseaux sociaux. En 2019, Tiktok s'est retrouvé submergé de makeup inspirés par Euphoria, de montages de soirées à thème Euphoria, d'outfit #euphoria, etc. Depuis sa sortie, Skins ne cesse de marquer les tendances. Les personnages torturés d'Effy ou de Cassie sont idolatrés par des jeunes filles en quête d'identité. Elles se mettent alors à porter des collants troués, des mini-shorts et du crayon sous les yeux. Bien que ce processus d'identification soit normal, une chose plus grave émerge: beaucoup commencent à fumer, prendre des drogues, arrêter de manger ou se scarifier. C'est dangereux mais c'est ce que font leurs héroïnes préférées, alors c'est stylé

La forme l'emporte sur le fond

La manière dont les auditeurs interprètent la série n'est pas entièrement la responsabilité des producteurs, mais celle-ci est non négligeable. Même si elle essaie d'être le plus proche possible du réel, une fiction reste une fiction. Avec des personnages imaginés, une histoire écrite, une fin prévue. Ce qui est montré à l'écran est le fruit du choix du réalisateur, des scénaristes, des producteurs, des monteurs. Dans Euphoria, on voit Rue se droguer, aller mieux, puis rechuter dans une atmosphère très stylisée. Alors, on ne se rend pas compte des réels dangers liés à la consommation de drogue. Toujours dans Euphoria, le rapport au sexe et à son corps de Cassie est néfaste pour l'ado qu'elle est. Mais sur les réseaux, on parle du corps "parfait" de Sydney Sweeney, et on en oublie le fond: la souffrance d'une jeune fille sexualisée depuis l'enfance. Et les réactions des auditeurs ne sortent pas de nulle part: on voit quasiment tout le temps Cassie à moitié nue, filmée de près et souvent dans des scènes sexy. À force d'esthétiser le chaos et les traumas, ces séries risquent de brouiller la frontière entre dénonciation et fascination

Des adolescents adultifiés

Quand on regarde ce genre de séries, on oublie souvent que les personnages sont mineurs. Ils ont généralement entre 14 et 16 ans. Même si les acteurs ont souvent 10 ans de plus, les personnages qu'ils interprètent sont au lycée. Avec ça viennent de nombreux codes auxquels les jeunes s'identifient: les cours, les premières soirées, premières relations, etc. Alors quand on met en scène des lycéens qui prennent des taz tous les soirs, boivent entre les cours et ont toutes sortes de pratiques sexuelles, on comprend le malaise qui s'installe autour de ces séries. 

Fasciner sans responsabiliser?

Ces séries ne sont pas dangereuses en soi. C'est de l'art, des histoires. Mais elles participent à une culture où les excès sont racontés sans toujours être interrogés. Où l'on montre beaucoup, sans donner les clés pour comprendre. La question n'est donc pas de censurer Euphoria, Skins ou Baby, mais de se demander ce qu'on attend d'elles et leur impact sur les adolescents

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