Amazon MGM Studios a annoncé, le 28 mai, avoir approuvé la production de trois séries télévisées pour enfants, dans le cadre d'un nouveau fonds destiné à encourager les créateurs à intégrer l'IA dans la production de contenus cinématographiques. Ce programme, baptisé GenAI Creators' Fund, vise à fournir aux cinéastes et aux créateurs des outils technologiques leur permettant de concevoir des projets dans des délais très courts. Résultat : trois projets ont déjà obtenu leur feu vert. Punky Duck, du réalisateur mexicain Jorge Gutiérrez, Diana Music Hunters, d'Albie Hecht, et Cupcake & Friends, de BuzzFeed Studios ont tous reçu leur validation en l'espace d'environ deux mois. Un calendrier qualifié de "révolutionnaire" par leurs créateurs. Les trois séries seront disponibles en exclusivité sur Prime Video, même si aucune date de diffusion n'a encore été fixée.
De deux ans à deux mois : l'IA réinvente le tempo de la création
Le GenAI Creators' Fund cherche à exploiter l'un des principaux avantages de l'IA générative : accélérer massivement certaines étapes créatives. Les nouveaux outils permettent notamment de générer rapidement des concepts visuels, des storyboards, des animations, des designs ou des éléments de préproduction. Pour Jorge Gutiérrez, réalisateur de Punky Duck et auteur notamment du film d'animation The Book of Life, c'est une très bonne nouvelle. "J’ai commencé le 7 mars, et aujourd’hui nous sommes déjà approuvés", a-t-il souligné, alors qu'il explique consacrer habituellement jusqu’à deux ans au développement d’un épisode pilote. La meilleure façon de le décrire, c’est comme faire l’amour et que quelqu’un vous remette directement le bébé : c’est complètement fou", poursuit-il. À noter que le réalisateur a récemment décidé d'abandonner le projet après les réactions négatives qu'il a suscité.
Hollywood en pleine inquiétude
L'enthousiasme des créateurs ne doit pas masquer les tensions profondes que suscite cette annonce. Faite lors de la plus grande conférence annuelle dédiée à l'impact de l'IA générative dans l'industrie du cinéma, elle n'a pas manqué de susciter des inquiétudes à Hollywood, où acteurs, scénaristes et créateurs redoutent d'être remplacés par l'IA. Depuis deux ans, ces professionnels s'inquiètent énormément de l'arrivée de l'intelligence artificielle dans la production audiovisuelle : les grandes grèves hollywoodiennes de 2023 avaient déjà placé l'IA au cœur des tensions entre studios et créateurs. Face à ces craintes, Amazon tente d'inverser le récit. Le directeur d'AI Studios chez Amazon MGM Studios, Albert Cheng, estime que cette technologie, loin de supprimer des emplois, pourrait au contraire en créer davantage : en réduisant les coûts et les délais de production, elle permettrait, selon lui, de multiplier les projets et donc les opportunités. Un argument classique dans la bouche des studios, mais le dirigeant a tout de même reconnu les limites de cette technologie, la qualifiant d'« addictive », et a appelé les créateurs à rester vigilants. Une mise en garde qui ressemble presque à un aveu. Dans une industrie où chaque outil « révolutionnaire » a ses victimes, la prudence s'impose, même quand le bébé arrive en deux mois, pour rappeler les propos de Gutiérrez.