La série de Sam Levinson fait son grand retour depuis le 13 avril en France avec sa saison 3 après quatre ans d’attente. Euphoria a su marquer les esprits grâce à son esthétique, sa musique et ses thèmes abordés comme l’addiction et la dépression. Derrière cette tendance, la troisième saison est confrontée à de nouveaux questionnements quant à sa création et son influence.
Le départ de Labrinth
La musique d’Euphoria a toujours retenu l’attention et a toujours fait vibrer. Labrinth, le compositeur de la bande originale, a façonné l’identité musicale de la série pendant deux saisons décrochant même un Emmy Award pour le titre “All of Us”. Pour la saison 3, HBO avait même annoncé son retour, épaulé du légendaire Hans Zimmer. Pourtant, un mois avant la diffusion, Labrinth s’en était pris à la série et au label. C’est dans un post Instagram, aujourd’hui supprimé, que le musicien règle ses comptes : “J’en ai fini avec cette industrie. Va te faire f**tre Columbia, et va doublement te faire f**tre Euphoria. Je me casse. Merci et bonne nuit”. Il a ajouté dans une story avoir retirer sa musique, expliquant “Je suis parti parce que, pour dire les choses clairement : quand je travaille pour quelqu’un, sa vision est primordiale mais je ne laisse personne me traiter comme de la merde”. Il revient plus en détail sur son départ dans une interview accordée à GQ où il précise : “l’esprit de famille et la fluidité commençaient à se dégrader, et que la créativité collective s’estompait”. Cette saison a dû se passer de son compositeur et sa signature sonore mémorable.
La place de la mode
La mode a toujours eu une place importante dans l’identité visuelle d’Euphoria et si elle a toujours servi la narration, la saison 3 passe à un autre niveau. Dans les premières saisons, chaque tenue s’accorde aux personnages et à leur histoire, comme l’affirme la costumière à Variety, “Je cherche toujours le moyen de raconter l’histoire au travers des costumes”. Cette esthétique très assumée, entre mode et maquillage étincelant, a influencé la pop culture allant même jusqu’à booster les recherches de la plateforme de seconde main Vestiaire Collective. Dans la saison 2, la place des vêtements de marque était plus importante, comme Chanel, Miu Miu, Jean-Paul Gaultier. Cette saison n’y échappe pas, le lien entre la série et l'industrie de la mode s’intensifie même jusqu’à transformer l’écran en vitrine ou catalogue de luxe. Le personnage de Jacob Elordi arbore plusieurs tenues Bottega Veneta, dont l’acteur est lui-même ambassadeur ; Sidney Sweeney porte sa propre marque à l’écran, tandis que Hunter Schafer en robe Acne Studios et Alexa Demie en Alexander McQueen ou encore Jean-Paul Gaultier. Le personnage de Rue n’est pas en reste, affichant un hoodie à plus de 1000 dollars et une veste à plus de 4000 dollars. Résultat, face à ce défilé de pièces, on peine à distinguer le choix artistique de la promotion de produit.
Le travail de Petra Collins
Les lumières violettes, les paillettes, l’atmosphère onirique des premières saisons ont forgé l’identité de la série, et c’est ce qui la rendait si particulière et reconnaissable. Mais ce n’est pas par hasard. En 2023, Petra Collins, photographe, mannequin et actrice, a révélé dans une interview pour le média hongrois Punkt que Sam Levinson s’était largement inspiré de ses photos pour sa série. Sollicitée pour créer l’esthétique, le casting de la série, elle racontait avoir été écartée après avoir travaillée pendant plusieurs mois, parce qu'elle était considérée trop jeune pour être embauchée. Seulement à la sortie de la saison 1, son travail avait quand même été largement utilisé, voire copié. Une vision artistique sur lequel son travail reposait déjà auparavant, elle décrit un sentiment de dépossession artistique : “Beaucoup de gens ont commencé à prendre des photos dans ce style et je ne le sentais plus comme le mien”. Cependant, cette saison 3 d’Euphoria rompt totalement avec cette esthétique et son univers reposent maintenant sur une ambiance totalement différente, plus désertique et brute, voire western. Un changement expliqué par l’ellipse qui propulse les personnages dans le monde adulte mais tournant la page sur l’ère onirique de Collins tout en portant le poids de cette polémique.