Chez Tiakola, tout commence par la voix. Elle monte, redescend, accélère, glisse d’un couplet rappé à quelques notes chantées. Difficile, parfois, de savoir exactement où s’arrête le rap et où commence le chant. C’est peut-être justement là que se trouve Tiakola. Dans cet entre-deux qu’il a fini par transformer en signature. À 26 ans, William Mundala, de son vrai nom, n’est plus seulement le jeune membre de 4Keus qui se distinguait par son timbre. Il est devenu "Tiako La Mélo", un rappeur-chanteur capable d’entrer dans l’univers des autres sans perdre le sien. Gazo, Niska, Dadju, Aya Nakamura ou encore Leto : les collaborations se multiplient, mais sa voix reste identifiable. Et pourtant, derrière cette facilité à naviguer d’un univers à l’autre se cache un artiste difficile à ranger.
Avant Tiakola et "La Mélo", il y avait William Mundala
Tiakola grandit à La Courneuve, en Seine-Saint-Denis. Ses racines congolaises occupent une place importante dans son identité musicale. La rumba et le soukous rencontrent chez lui la trap, l’afro, le R'n'B et le rap français. Des influences différentes qui finiront par se mélanger plutôt que de s’opposer. Sa carrière commence pourtant collectivement. En 2015, Tiakola rejoint 4Keus, groupe formé avec des amis de son quartier. La formation se fait progressivement connaître avec une musique où se croisent déjà plusieurs sonorités. Au milieu du groupe, une voix commence à prendre une couleur particulière. Celle de Tiakola. Plus mélodique, plus souple, elle annonce déjà ce qui deviendra quelques années plus tard sa principale marque de fabrique.
De 4Keus à sa carrière solo, Tiakola trouve sa voix
À partir de 2019, Tiakola commence à avancer seul. C’est aussi à ce moment-là que les collaborations prennent une place de plus en plus importante dans son parcours. Sa voix devient recherchée et lui permet de naviguer entre plusieurs univers sans réellement appartenir à un seul. C’est là tout le paradoxe de Tiakola. Il vient du rap, mais semble constamment chercher à dépasser ses frontières. Tiakola rappe, mais chante aussi. Il peut accélérer son flow avant de revenir quelques secondes plus tard vers une mélodie beaucoup plus douce. Ses influences congolaises rencontrent le rap français, l’afro et le R'n'B. Plutôt que de choisir entre ces identités musicales, il les rassemble. Cette souplesse devient progressivement sa force. Même lorsqu’il apparaît sur le morceau d’un autre artiste, Tiakola ne se contente pas d’ajouter sa voix. Il y apporte une couleur immédiatement reconnaissable.
Avec Mélo, Tiakola brouille la frontière entre rap et chant
En 2022, cette identité trouve finalement un nom : Mélo. Son premier album solo donne une forme plus précise à ce que Tiakola construit depuis plusieurs années. La mélodie n’est plus seulement une manière de poser sa voix. Elle devient le centre de son univers. "La Mélo" finit même par lui coller à la peau. Pas seulement comme le titre d’un album ou un surnom. Presque comme une définition artistique. Tiakola chante sans réellement quitter le rap. Il rappe sans renoncer à la mélodie. Sa musique peut regarder vers la trap avant de basculer vers le R'n'B, l’afro ou des sonorités héritées de ses racines congolaises. Une manière de faire qui correspond aussi à une génération pour laquelle les frontières musicales comptent de moins en moins. Rap, pop, afro ou R'n'B peuvent se retrouver dans une même playlist. Tiakola en a fait son terrain de jeu. Le succès de Mélo l’installe durablement dans le paysage musical français. Les collaborations continuent et son identité devient suffisamment forte pour fonctionner au contact d’autres univers. Avec Gazo, cette complémentarité prend même la forme d’un projet entier. En 2023, les deux artistes réunissent leurs styles sur La Mélo est Gangx. D’un côté, l’univers plus sombre de Gazo. De l’autre, les envolées mélodiques de Tiakola. Mais Tiakola ne veut pas seulement entrer dans l’univers des autres. Il commence aussi à les réunir dans le sien.
En 2024, il dévoile BDLM Vol. 1, une mixtape de 17 titres sur laquelle se croisent 22 artistes. Un projet collectif qui inverse presque la logique de ses débuts : après avoir été l’une des voix les plus recherchées en featuring, Tiakola devient à son tour celui qui rassemble. Le projet confirme aussi son poids dans le rap français. En moins de 24 heures, BDLM Vol. 1 dépasse les 4 millions d’écoutes sur Spotify. De 4Keus à BDLM, la trajectoire forme alors une boucle : Tiakola a commencé au sein d’un collectif avant de construire une identité solo suffisamment forte pour créer, à son tour, du collectif autour de lui. Une voix reconnaissable seule, mais qui semble toujours aimer se mêler à celles des autres.
Avec WpointM, Tiakola revient à William Mundala
Après plusieurs années à construire "La Mélo", son nouveau chapitre semble regarder dans une autre direction. Vers William. Ce jeudi 24 septembre 2026, à quelques heures de la sortie de son deuxième album solo WpointM, Tiakola a créé la surprise avec WpointM – 93120. Une "préface" de six morceaux, dont Winter Melo Music avec Leto, tous accompagnés d’images réunies dans une vidéo de quinze minutes. Le choix du nombre n’a rien d’anodin. 93120, c’est La Courneuve. Et derrière WpointM se trouvent surtout deux initiales : celles de William Mundala, son véritable nom. Quatre ans après Mélo, le titre de ce nouvel album semble donc déplacer légèrement le regard. Après 4Keus, Tiakola puis "La Mélo", c’est désormais William qui apparaît jusque dans le nom du projet. Sans pour autant effacer ce qui a fait son succès.
La mélodie reste là. Le rap aussi. Les premiers morceaux dévoilés continuent de naviguer entre les deux, parfois avec un flow plus tranchant. L’album, composé de 17 titres, doit prolonger cette identité tout en ouvrant une nouvelle étape de sa carrière. Dix ans après ses débuts avec 4Keus, Tiakola reste finalement fidèle à ce qui l’a installé : ne jamais vraiment choisir. Entre rap et chant. Entre influences congolaises et scène française. Entre collectif et carrière solo. Entre William Mundala et Tiako La Mélo. Mais WpointM ajoute désormais son vrai nom à l’équation. Quelques notes ont suffi pour reconnaître Tiakola. Avec WpointM, c’est désormais William Mundala qui apparaît derrière "La Mélo".