Froid persistant, journées qui s’étirent difficilement et moral parfois en berne : février ne fait décidément rien comme les autres. C’est peut-être justement pour ça qu’il se prête si bien aux lectures courtes et intenses, celles qui happent dès les premières pages et laissent une trace durable. Des récits brefs, souvent sombres ou hivernaux, à glisser dans ce mois resserré comme une respiration littéraire.
Nuits blanches, Fiodor Dostoïevski (120 pages)
Que serait un hiver sans Dostoïevski? Rassurez-vous, l'auteur russe n'a pas écrit que des pavés. Un livre qui a beaucoup fait parler l'année dernière et ne fait que 128 pages, n'est autre que Nuits blanches: un jeune homme trop rêveur, une jeune femme trop lucide et quelques nuits pour tout espérer. Un court texte doux-amer, parfait pour les cœurs un peu mélancoliques de février.
La confusion des sentiments, Stefan Zweig (126 pages)
Avez-vous déjà fantasmé sur votre prof de français? Stefan Zweig, lui, probablement. Un des rares romans où l'homosexualité est traitée de manière humaine et sensible, La confusion des sentiments explore la limite entre amour et admiration, malaise et non-dits dans une relation prof-élève. De quoi rendre votre février intéressant.
Le vicomte pourfendu, Ivan Calvino (138 pages)
On s'est tous déjà sentis en désaccord avec nous-mêmes. Le vicomte pourfendu raconte cette dualité par un homme coupé en deux, une moitié est trop gentille, l’autre trop cruelle. Un conte malin et drôle qui rappelle qu’être “tout d’un bloc” n’est peut-être pas une si bonne idée. Alors pour débuter l'année (parce que février, c'est quand même au tout début), réfléchissez sur votre propre dualité.
Le prince, Nicolas Machiavel (117 pages)
L'hypocrisie des personnalités n'est pas un scoop. En 1513, Nicolas Machiavel donne ses conseils au prince pour que celui-ci gouverne comme il faut: il doit avoir l'air humain, jouer la comédie mais se montrer monstrueux si nécessaire. Un incontournable de la philosophie politique qui est plus actuel que jamais.
Gatsby le Magnifique, F. Scott Fitzgerald (217 pages)
La vie des riches de Long Island en fait rêver plus d'un, mais Fitzgerald expose ses failles. Entre fêtes grandioses, amour impossible et désillusions, Gatsby le Magnifique est un roman brillant et mélancolique sur le rêve américain qui se fissure. Une atmosphère froide, tendue, qui s'accorde parfaitement avec cette période de l'année.
Le petit prince, Antoine de Saint-Exupéry (120 pages)
Un enfant, une rose et des questions existentielles. Si vous l'avez déjà lu en primaire, relisez-le aujourd'hui: tout prendra un autre sens. À relire en hiver, quand on a besoin de se rappeler l’essentiel (ou de pleurer un peu).
La végétarienne, Han Kang (216 pages)
Vous avez peut-être déjà pensé à devenir végétarien, ou peut-être l'êtes-vous déjà. Dans ce récit coréen, une femme décide de ne plus manger de viande, mais tout déraille. Un roman froid et dérangeant, de la gagnante du prix Nobel de littérature 2024, où le corps devient un acte de résistance.
Une femme, Annie Ernaux (112 pages)
L'adolescence bouleverse tout, et pour beaucoup, surtout la relation avec la mère. Annie Ernaux se plonge dans ses souvenirs, sans fard ni nostalgie, dans un texte court, précis, qui dit beaucoup sur la famille, la classe sociale et le passage du temps.
La montagne vivante, Nan Shepherd (128 pages)
Février s'apparente souvent à la montagne, au froid, à la neige. Si vous n'y allez pas, marchez, observez et sentez la montagne à travers ce court roman de Nan Shepherd. Un texte contemplatif et apaisant, idéal quand le monde va trop vite.
Thérèse et Isabelle, Violette Leduc (162 pages)
Février, avec ses jours comptés et ses élans contenus, est le mois parfait pour se plonger dans ce roman qui a fait scandale lors de sa sortie en 1966. Et, en littérature, ce qui fait scandale est généralement excellent. Ici, c'est un amour lesbien, adolescent, intense et interdit. Un texte audacieux et sensuel, qui brûle encore aujourd’hui.
Stupeur et tremblements, Amélie Nothombe (174 pages)
Que serait une sélection de livres courts sans Amélie Nothomb ? Dans Stupeur et tremblements, une jeune femme découvre le monde du travail au Japon… et l’humiliation qui va avec. Comme février, qui est court mais éprouvant, ce roman nous plonge dans la course de la vie. C’est cruel, absurde, souvent très drôle, et se lit d’une traite, avec un mélange de fascination et d’effroi.