Vêtue d’une longue robe rouge, seule au cœur d’une immense forêt, recroquevillée en position fœtale, elle occupe entièrement l’écran. La scène d’ouverture du dernier film de Chloé Zhao installe immédiatement une atmosphère intime. Au centre du récit, pour la première fois, Agnes, l’épouse de William Shakespeare, incarnée par Jessie Buckley. Un personnage longtemps relégué au second plan. Cette nouvelle vision, remet en question tout le récit officiel largement connu sur la vie privée de Shakespeare.
Un mariage malheureux enfin déconstruit
Déjà salué par la critique, le film, récemment honoré de 2 Golden Globes, offre une relecture à travers les yeux de son épouse : Agnes Shakespeare. Selon Maggie O’Farrell, Anne Hathaway de son vraie nom, fut longtemps représentée comme étant détestée de son mari, laide, stupide et analphabète. "On ne nous a proposé qu’une seule version d’elle, une paysanne illettrée qui l’a piégé pour l’épouser" affirme-t-elle pour la BBC. Elle nous propose donc une toute autre image. En réalité, elle s’appuie, sur un fragment de lettre retrouvé en 1978, datée de 1608. Sur ce bout de papier, une histoire qui remet en cause toutes celles racontées durant des siècles. Maggie O’Farrell confirme "Cette découverte a prouvé qu’ils s’aimaient", le mariage forcé devient ainsi infondé. Soutenue par la journaliste et historienne de l’art, Germaine Greer. Elle avance dans La Femme de Shakespeare, que la mariage était bel et bien voulu et que c’est lui qui l’aurait courtisée, comme nous le montre le film, fidèlement.
Anne Hathaway, une guérisseuse ?
Le livre et le film dépeignent tous deux une guérisseuse, fille d’herboriste, ayant tout appris de sa mère. Spécialiste des plantes médicinales, avec une once de sorcellerie. Elle aurait même prédit, ou pressenti la mort de son enfant. Cet esprit de sorcellerie et de surnaturel, n’est pas choisi de manière anodine. L’autrice confie s’être réellement plongée dans les œuvres de Shakespeare. Si bien qu’elle puise, dans le monologue d’Ophélie dans Hamlet, des détails qui nous échapperaient : "Romarin, c’est pour le souvenir", phrase mythique que nous retrouvons dans l’œuvre. Il convient cependant de rester prudent, O’Farrell nous invite également à le faire, en déclarant qu’il en venait à la responsabilité de la femme de maison, de savoir comment préparer des médicaments à cette époque. Supposant que c’était presque courant.