Les premiers jours du printemps nous invitent à nous balader et à pousser les portes des musées. Pour l'occasion, le Grand Palais déploie une importante collection de 300 œuvres qui retrace les treize dernières années de la vie du peintre, à travers ses gouaches, ses dessins, ses textiles et même ses vitraux. L’exposition en partenariat avec le Centre Pompidou est disponible jusqu’au 26 juillet 2026.
Une redécouverte par le découpage
En 1941, l’année s’annonce plutôt sombre pour le peintre alors âgé de 72 ans. Atteint d’un cancer du côlon, il survit miraculeusement à une lourde opération. Il en sort très affaibli et contraint de rester alité dans un corset de fer, il vit ce qu'il appelle sa "deuxième vie mentale", clarifiant ses idées et équilibrant son esprit. Durant cette convalescence, qu’il traverse à Nice, Matisse se réinvente dans un nouveau langage : celui des formes découpées et de la couleur pure. À près de 80 ans, il utilise la gouache découpée comme un médium tout à fait autonome, capable d’atteindre l’universel par sa simplicité. Cette technique lui permet d’exprimer pleinement la dimension décorative de son art, donnant naissance aux célèbres Nus bleus, à Zulma ou encore à La Danseuse créole, réunis exceptionnellement au Grand Palais pour l’occasion.
Un atelier en "perpétuelle métamorphose"
L’exposition est conçue comme une traversée vibrante de l’intimité du peintre, restituant l'atmosphère de son atelier, ce que le musée nomme comme un "jardin" florissant qu’il cultivait. Le parcours montre combien la peinture reste au cœur de sa démarche et de son art loin d'être remplacée par les découpages. On y découvre des ensembles essentiels comme la magistrale série des Intérieurs de Vence (1947-1948), les dessins à l’encre au pinceau des Thèmes et variations. Ce foisonnement créatif témoigne d'une pratique pluridisciplinaire où les arts décoratifs et le sacré se rejoignent, notamment à travers les éléments majeurs du programme de la Chapelle de Vence. Le parcours nous fait même voyager sous le soleil de la Côte d’Azur, où Matisse s’épanouie dès 1943 à la Villa Le Rêve pour fuir les bombardements. Dans ce refuge, il accueille ses amis de toujours, de Picasso à Aragon. Grâce à des prêts exceptionnels du Centre Pompidou et d'institutions prestigieuses comme le MoMA, le Met ou la National Gallery de Washington, le public peut admirer des toiles qui traversent très rarement l’Atlantique.