Une histoire sans réponse : c’est ce qu’ont choisi Ryan Murphy et Ian Brennan pour cette nouvelle saison de Monster. Une série qui cartonne depuis sa première sortie en 2022, avec Evan Peters comme premier acteur phare du rôle de Jeffrey d’Hamer, les deux créateurs poursuivent leur lancée : raconter les plus grandes affaires criminelles américaines dans une ambiance mêlant réalité et thriller psychologique. Mais que nous réserve cette fois si cette nouvelle saison interpréter par Ella Beatty et Sarah Paulson ?
Une nouvelle Monster au féminin ?
Nous sommes à Fall River, dans le Massachusetts, au XIXᵉ siècle. Un siècle marqué par les prétendants, les corsets, les servantes, le mariage, les amants, mais aussi la nature, les mythes et les belles-mères. C’est dans cette atmosphère que nous plonge la nouvelle saison de Monster, au cœur de l’affaire Lizzie Borden, interprétée par Ella Beatty, autrement appelée le procès du siècle. Dans la série, la femme monstre est entourée d’un père noble et d’une belle-mère exécrable…Lizzie Borden et sa servante Bridget préparent une ruse : tuer ses horribles parents, qui ne se seraient jamais réellement occupés d’elle et l’auraient constamment jugée, au détriment de sa sœur aînée, considérée comme parfaite. Insultée de tête de cheval, frappée, humiliée, considérée comme une tâche et jugée infertile ou encore comme une abomination à cause de règles trop douloureuses : c’est le quotidien de Lizzie. Cette ruse s’accentue alors que sa mère commet l’irréparable : elle abat toutes ses colombes dans son colombier, la privant de sa seule liberté et de sa seule source de bonheur. C’est alors que, pour se détacher de son nom et de cette famille, Lizzie ne voit plus qu’une seule solution : les tuer. Et pas de n’importe quelle manière : à la hache. Très vite, le procès arrive, quelques jours après la découverte des corps. Lizzie n’est pas jugée suffisamment crédible. Elle change de version, puis est soudainement prise en train de mettre sa robe au four et de la brûler… Pour autant, jamais ces éléments ne suffiront à la faire condamner, notamment en raison du manque de preuves et des limites des techniques judiciaires et policières de l’époque.
Peut-on parler d’une deuxième figure féminine ?
Et si Aileen Wuornos était finalement bien plus qu’un simple personnage secondaire ? Dans cette nouvelle saison, la série ne raconte pas uniquement l’affaire de Lizzie Borden. Elle fait également intervenir Aileen Wuornos, incarnée par Sarah Paulson, comme une deuxième figure féminine qui vient faire écho à l’histoire de Lizzie acquittée en 1893. Mais un siècle plus tard montre que rien a changé mise à part l’atmosphère : danse, musique, voiture, le bordel du XIX siècle modifié par le travail de rue…nous retrouvons Wuornos, condamnée à mort pour avoir tué sept hommes à la fin du XXᵉ siècle. Elle affirme avoir été victime de viols et de violences sexuelles et explique avoir tué en réaction à certaines de ces violences. C’est là que le parallèle devient particulièrement intéressant. Lizzie, peut-être coupable, est acquittée. Aileen, qui se présente comme une femme ayant elle-même subi des violences meme physique, est tout de meme condamnée. Deux histoires qui ne sont évidemment pas identiques, mais qui permettent à la série de questionner la manière dont la société et la justice regardent les femmes lorsqu’elles deviennent à leur tour violentes : Peuvent-elles aussi être des victimes ou bien coupable ? Et surtout, est-ce que leur statut social, leur époque ou leur place dans la société influence la manière dont on les croit et dont on les juge ?
Ce que Netflix change à l’histoire ?
C’est probablement la partie la plus intéressante de cette nouvelle saison : ce qui est raconté à l’écran n’est pas forcément ce qui s’est réellement passé. Une volonté de changer la réaluté pour envoyer un message : c’est le cas de Lizzie Borden, le mystère reste entier : personne ne sait avec certitude ce qui s’est réellement déroulé dans cette maison en 1892 ce qui laisse place à n’importe qu’elle scénario et imagination. Alors, qu’est-ce que Netflix a réellement changé ? Dans la réalité, Lizzie Borden a été accusée du meurtre de son père et de sa belle-mère avant d'être acquittée, tandis que la série Netflix choisit de la présenter comme responsable des crimes. Le programme prend également plusieurs libertés avec les faits historiques : le rôle de Bridget Sullivan dans les meurtres demeure incertain et aucune romance entre elle et Lizzie n'est établie, alors que la fiction développe une relation amoureuse entre les deux femmes. Même chose pour Nance O'Neil, qui n'a rencontré Lizzie qu'après son procès dans la réalité, contrairement à la série qui modifie la chronologie et lui attribue notamment un rôle d'institutrice. Enfin, certains témoignages et éléments de preuve historiques restent sujets à interprétation, tandis que la fiction les réarrange pour renforcer le suspense et va jusqu'à créer un lien entre Lizzie Borden et Aileen Wuornos, alors qu'aucune relation historique entre les deux femmes n'est documentée. Alors, pourquoi les réunir ? C’est peut-être justement là que se trouve l’intention de cette nouvelle saison : mettre en parallèle deux femmes séparées par près d’un siècle, mais toutes les deux confrontées à la violence, au jugement et à la place accordée aux femmes dans leur société.