Le clair-obscur s’invite à la Bourse de Commerce dans une exposition fascinante

À travers une sélection d’une centaine d’œuvres, la nouvelle exposition de la Bourse de Commerce explore l’héritage du très fameux chiaroscuro. Entre visible et invisible, le parcours invite à une méditation profonde sur les zones d’ombre de l’inconscient et les enjeux spirituels du temps présent.

"Le contemporain est celui qui sait voir cette obscurité, qui est en mesure d’écrire en trempant la plume dans les ténèbres du présent". En citant ces mots du philosophe italien Giorgio Agamben, Emma Lavigne, commissaire de l’exposition, présente une expérience sensible. Jusqu’au 24 août, la Bourse de Commerce se transforme en un paysage à la fois clair et crépusculaire. Pour la première fois, des œuvres modernes rejoignent les œuvres contemporaines de la Collection Pinault. L’exposition Clair-Obscur ne se contente pas de présenter une technique picturale, elle met en avant le contraste entre lumière et ténèbres dans son aspect philosophique.

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Un parcours qui éveille les sens

Le parcours commence avec la section NOCTURNE, placée sous l'influence de Francisco de Goya. Au rez-de-chaussée, on découvre des images où se joue "une alchimie entre transgression et sacré", tandis que le sous-sol nous plonge dans l’obscurité pour voir des vidéos où le noir et le blanc racontent une histoire ensemble. Dans la partie INCANDESCENCE, des artistes comme Bill Viola tentent de faire vibrer "l’incandescence de l’âme humaine" dans un monde devenu parfois trop "terre à terre. L'exposition montre aussi comment l'art a réagi aux drames de l'histoire. Dans la section OMBRES, on voit comment le traumatisme de la Seconde Guerre mondiale a tout changé. Enfin, la galerie BROUILLARD nous plonge dans un chaos : entre les explosions nucléaires de Bruce Conner et les cartes vaporeuses de Frank Bowling, les corps s'effacent pour laisser place à la brume.

Montrer l’invisible

L'autre grand aspect de cette exposition, c'est d'essayer de montrer l’invisible. Dans la section LAURA LAMIEL, l'artiste utilise les vitrines pour créer des "chimères matiéristes". Elle se sert de la lumière "de façon vitale, comme si elle travaillait avec des pinceaux" pour faire bouger des objets trouvés et des structures en acier. C’est une manière de donner une forme physique à des choses volatiles comme la mémoire ou les émotions par exemple. On retrouve également cette idée dans la salle GERMINATION, avec ses fenêtres embuées. Plus loin, VICTOR MAN propose des "fables mystérieuses" avec une palette très sombre qui rappelle la peinture religieuse ancienne. L'exposition se termine en beauté sous le dôme, avec l’œuvre Camata de Pierre Huyghe : un rituel filmé dans le désert qui fait réfléchir à la place de l'humain dans l'univers, "de la nuit au jour, de l’ombre à la lumière". En sortant, on comprend mieux l'idée initiale d'Agamben : regarder l'obscurité de face, c'est peut-être ça, la modernité.

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