Une tour abandonnée, un tueur ultra-violent, des scènes gores et Gazo et La Mano 1.9 devant la caméra. Sorti ce mercredi 30 septembre, Kraken transpose les codes du slasher au cœur d’une cité et confirme, trois ans après Vermines, que le cinéma d’horreur français explore de nouveaux territoires. Dans cette tour, mieux vaut ne pas rester après la tombée de la nuit. Depuis trois ans, un immeuble abandonné alimente les rumeurs d’une cité. Des disparitions mystérieuses s’y multiplient. Cinq jeunes décident malgré tout de pénétrer dans le bâtiment pour comprendre ce qui s’y passe. Ils vont rapidement découvrir qu’ils ne sont pas seuls. Kraken est le premier long-métrage de Mohamed Chabane et Théo Jourdain Rhodes, déjà derrière les séries ReuSSS et Young Millionaires. Avec son tueur, ses victimes enfermées dans un même lieu et ses scènes sanglantes, le film reprend les codes du slasher tout en les installant dans un décor encore rarement exploité de cette manière par le cinéma français.
Une tour transformée en piège
Pas de maison perdue au milieu d’une forêt ni de colonie de vacances isolée. Dans Kraken, le piège est une tour de quatorze étages désaffectée. Le tournage s’est déroulé au cœur de la Grande Borne, à Grigny, dans l'Essonne. C’est dans cet immeuble qu’Idriss, Melia, Marvin et leurs proches se retrouvent confrontés à un homme vivant reclus dans les lieux. Car contrairement à ce que son titre pourrait laisser imaginer, le Kraken n’est pas une créature fantastique. Le danger est bien humain. Le personnage, interprété par Guillaume Gouix, transforme progressivement l’immeuble en terrain de chasse. Couloirs, appartements abandonnés, escaliers et étages deviennent alors les éléments d’un immense huis clos. Le décor n’est plus seulement l’endroit où se déroule l’histoire. Il participe directement à l’angoisse.
Du gore mais aussi de l’humour
Kraken ne fait pas vraiment dans la demi-mesure. Le film a été interdit aux moins de 16 ans, notamment en raison de ses nombreuses scènes de violences sanglantes et de son final particulièrement gore. Lors d’une avant-première organisée au Grand Rex, deux spectateurs ont même quitté la séance après avoir fait un malaise. Mais le film ne repose pas uniquement sur les litres de faux sang. Mohamed Chabane et Théo Jourdain Rhodes mélangent également l’horreur à la comédie. Une partie de cet humour passe par Marvin, incarné par Bilel Chegrani. Le jeune homme rêve de devenir un « influenceur fantôme » et s’aventure dans la tour avec son téléphone, prêt à filmer du contenu pour ses réseaux sociaux. Certaines séquences adoptent même le point de vue de sa caméra. Une manière de faire entrer les codes des réseaux dans un genre qui adore depuis longtemps jouer avec les images filmées par ses propres personnages.
Gazo et La Mano passent devant la caméra
Le casting constitue l’autre particularité du film. Manon Bresch, Alassane Diong, Bilel Chegrani, Lucie Charles-Alfred et Guillaume Gouix occupent les principaux rôles. Mais deux noms attirent forcément l’attention : Gazo et La Mano Les deux rappeurs passent ici devant la caméra dans des rôles liés au trafic qui entoure les personnages principaux. Leur présence permet aussi à Kraken de créer un pont entre cinéma de genre et rap français. Un mélange cohérent avec l’univers que le film cherche à construire. Plutôt que d'utiliser la cité comme simple décor interchangeable, les réalisateurs intègrent des personnages, des références et des codes directement liés à cet environnement. La présence de deux des rappeurs les plus identifiés à la scène actuelle participe forcément à cette identité.
Après Vermines, la banlieue devient terrain d’horreur
La comparaison était presque inévitable. En 2023, Vermines de Sébastien Vaniček enfermait déjà les habitants d’un immeuble de banlieue face à une invasion d’araignées. Trois ans plus tard, Kraken reprend à son tour le principe du huis clos vertical. Mais cette fois, le danger ne possède pas huit pattes. Il prend la forme d’un tueur à la force impressionnante. Les deux films partagent surtout une même idée : la banlieue peut devenir un véritable territoire du cinéma de genre. Elle n’est plus uniquement filmée à travers le drame social ou le polar. Elle peut accueillir un slasher, des séquences gores, de la comédie et des personnages qui tentent simplement de survivre à la nuit. Kraken conserve malgré tout une dimension sociale. Derrière son tueur et ses scènes chocs, le film aborde notamment la violence dans les quartiers défavorisés, la vétusté de certains immeubles et les rapports entre les habitants et la police. L’horreur devient alors aussi une manière de parler du réel.
Kraken veut trouver sa place dans l’horreur française
Kraken arrive donc avec une proposition assez particulière. Un slasher français, tourné à Grigny, porté par de jeunes comédiens et dans lequel apparaissent deux figures majeures du rap actuel. Le tout avec suffisamment de gore pour décrocher une interdiction aux moins de 16 ans. Les premières critiques ne sont d’ailleurs pas unanimes. Une chose est néanmoins certaine : avec Kraken, le cinéma d’horreur français continue de sortir de ses décors habituels. Après les araignées de Vermines, place désormais à un tueur caché dans les étages d’une tour abandonnée. Et cette fois, personne n’a vraiment envie de prendre l’ascenseur.