Vous l’avez peut-être remarqué ce changement d’esthétique en enchaînant les séries et les films sur votre canapé : des visages bien éclairés, une image bien lisse, une colorimétrie désaturée, rappelant davantage une publicité qu’une œuvre cinématographique. De nombreux posts sur Reddit et vidéos Tiktok pointent du doigt ce changement, révélant les changements de priorités des plateformes.
Les cas Le Diable s’habille en Prada 2 et le reboot Harry Potter
Ce débat autour de l’éclairage et la couleur a resurgi avec le second opus du Diable s’habille en Prada et la nouvelle série Harry Potter. Sur les réseaux sociaux, lors de la sortie de la bande annonce du film, les fans ont immédiatement comparé les deux films, notamment pendant une scène dans l'ascenseur, où on remarque la différence de couleurs. Dans le premier film Le Diable s’habille en Prada, les couleurs sont plus vives et contrastées alors que dans le second, elles sont plus ternes et délavées. Le phénomène ne s’arrête pas là. La nouvelle série Harry Potter, dont le trailer est sorti en mars, a également suscité le mécontentement des fans face à des visuels désaturés. Un écart notable à la saga originale, connue pour ses couleurs chaudes et l’univers accueillant. Ce que les internautes appellent “l’éclairage Netflix” dépasse alors largement la plateforme de streaming Netflix.
Les contraintes techniques derrière l’esthétique
Ce phénomène, où tout semble uniformément éclairé et parfait, trouve son origine chez Netflix, qui a démocratisé ce mode de production en 2015 lors de leur expansion. Interrogé par le Huffington Post, J.D. Connor, professeur spécialisé en études du cinéma et des médias à l’Université de Californie du Sud explique la logique : l’image devait être adaptée à un grand écran de télévision mais aussi à un petit écran de téléphone. Le but ? Prioriser la lisibilité partout. Il ajoute : “En raison des limites techniques de l’époque, Netflix ne disposait que d’un choix restreint de schémas d’éclairage, ainsi que d’une liste réduite de caméras que les réalisateurs étaient autorisés à utiliser.”. Conséquences : un rendu final “plat et très délavé”. Ce choix répond également à un modèle économique de Netflix précis. Sans rediffusion et publicité, la plateforme devait optimiser. De plus, avoir des scènes éclairées de la même manière facilitait la post-production et notamment les effets spéciaux. Ces contraintes montrent ainsi comment ils se sont adaptés mais aussi comment elles ont fini par influencer l’industrie du cinéma.