C'est dans l'Upper East Side de Manhattan, au cœur de la Frick Collection, ce joyau architectural qui n'avait encore jamais accueilli de défilé de mode, que Nicolas Ghesquière a choisi de poser ses valises pour la collection Croisière 2027 de Louis Vuitton. Une première absolue pour le musée, fondé en 1935 dans une somptueuse demeure de l'Âge doré, dont les galeries au rez-de-chaussée ont servi d'écrin à des silhouettes venues du futur. Entre les toiles de Vermeer et de Fragonard, la mode a pris d'assaut les dorures du musée. Et le résultat était saisissant.
Louis Vuitton à New York : pourquoi le choix de la Frick Collection est loin d’être un hasard ?
Le choix de New York n'est pas un hasard : il incarne le cœur du propos créatif de Ghesquière, celui d'une dualité revendiquée entre Paris et New York, entre l'héritage européen et l'énergie américaine. Cette dualité, le designer la résume ainsi : “Une confrontation entre Downtown et Uptown, où l'on se demande où passe la frontière et à quel moment les deux univers fusionnent”. “J'ai trouvé très intéressant d'insuffler cet esprit "Downtown-Uptown" au sein même de la Frick Collection”, rajoute-t-il. La maison en profite par ailleurs pour annoncer un mécénat triennal au profit du musée, devenant son partenaire culturel principal. Un engagement qui se traduira notamment par les soirées gratuites mensuelles "Louis Vuitton First Fridays".
Une collection arc-en-ciel qui célèbre Keith Haring
Sur le podium, les silhouettes s'imposent comme autant de manifestes. Nicolas Ghesquière revisite le vestiaire de la femme américaine avec l'obsession du détail propre à Louis Vuitton : denim, cuir et jersey (les étoffes du dressing US) rencontrent des coupes en origami, des broderies de sequins et des empiècements biker. Les couleurs explosent : jaune vif, rose fuschia, orange brûlé. Les accessoires, eux, poussent la logique jusqu'au bout : des sacs en forme de poste de radio ou de colonne, des gants de boxe portés en bandoulière, des chaussures aux silhouettes presque inclassables.
Clou du défilé, la collaboration avec l'œuvre de Keith Haring : les personnages iconiques du street artist new-yorkais couvrent des t-shirts, des vestes... Un dialogue entre l'artisanat centenaire de la maison et la vivacité du pop art, entre l'Ancien et le Nouveau Monde. Et le vrai coup de théâtre vient des archives : le département de la maison avait acquis il y a trois ans une valise Vuitton de 1930 que Keith Haring avait taguée en 1984 pour l'offrir à son colocataire de l'époque. Ghesquière confie avoir été "à la fois stupéfait et ravi de constater que l'histoire prenait tout son sens", et le défilé s'ouvre précisément avec ce bagage original, suivi d'une réplique miniature.
Un front row digne du festival de Cannes
Si la collection a fait sensation, le parterre de célébrités n'était pas en reste. Au premier rang de la Frick Collection, un aréopage de stars qui rivalisait, au même moment, avec le tapis rouge du Festival de Cannes. Zendaya, Cate Blanchett, Emma Stone, Anne Hathaway, Emily Blunt, Alicia Vikander, Jennifer Connelly ou encore Chloë Sevigny : tout Hollywood avait fait le déplacement. Côté français, Marina Foïs et Vimala Pons, rayonnante après son passage sur la Croisette, représentaient dignement la scène hexagonale, aux côtés de la créatrice de contenu Lena Mahfouf. On saluera aussi la présence de la réalisatrice Ava DuVernay, du duo Haim, de la danseuse Misty Copeland et de la chanteuse Zaho de Sagazan. Sans oublier Chase Infiniti (Une bataille après l’autre), nouvelle recrue de la famille Vuitton, dont la présence confirme l'appétit de la maison pour les talents de la prochaine génération.