Plusieurs années après avoir quitté le mythique magazine Runway, Andy Sachs a construit sa propre carrière. Mais lorsque son chemin croise à nouveau celui de Miranda Priestly, figure toujours aussi redoutée du monde de la mode, les tensions du passé refont surface. Dans un secteur en pleine transformation, chacune doit désormais redéfinir sa place. Là où le premier volet reflétait l’âge d’or des magazines de mode, cette suite explore un univers fragilisé par le numérique et la baisse de l’influence de la presse papier. Le personnage de Miranda, autrefois intouchable, voit son autorité vaciller. Avec cette suite, Le Diable s’habille en Prada 2 joue sur deux tableaux : la nostalgie d’un film culte et l’envie de parler du monde d’aujourd’hui.
Une esthétique et une bande-son entraînantes
Difficile de ne pas se laisser embarquer au début. Visuellement, le film est un régal. Les costumes, toujours signés par Patricia Field, sont à la hauteur de la légende : silhouettes ultra travaillées, textures luxueuses, enchaînements de looks iconiques… On retrouve clairement ce qui faisait le charme du premier film. Et surtout, la bande-son est une grande réussite. Entre Dua Lipa, SZA, Laufey, The Marías ou encore Madonna avec l’iconique Vogue, le film enchaîne les pépites d’artistes féminines de la pop, parfaitement dans l’esprit du film. Mention spéciale à Lady Gaga, omniprésente avec le titre inédit Runway (en duo avec Doechii) et même un teaser de Shape of a Woman. Clairement, la BO fait une grosse partie du job.
Un casting toujours au top avec quelques surprises
Côté acteurs, difficile de faire mieux. Meryl Streep, Anne Hathaway et Emily Blunt reprennent leurs rôles avec une aisance impressionnante. Et clairement, c’est ce casting qui sauve une bonne partie du film. Emily Blunt, surtout, vole presque la vedette. Déjà brillante dans le premier film, elle confirme ici avec un timing comique toujours aussi tranchant. Vingt ans plus tard, rien n’a changé, sauf qu’elle a enfin l’espace pour briller. Parmi les nouveaux venus, on retrouve BJ Novak, Simone Ashley ou encore Lucy Liu, ainsi que de brèves apparitions d’Amelia Dimoldenberg ou Donatella Versace. Sur le papier, c’est hyper prometteur… mais dans les faits, certains personnages sont clairement sous-exploités. Simone Ashley, par exemple, reste coincée dans un rôle d’assistante assez fade. Et gros point noir : Stanley Tucci n’est pas assez présent, alors que son personnage est l’un des plus appréciés.
Un diable qui a perdu ses cornes
Là où le film commence à décevoir, c’est dans son évolution des personnages. Au début, c’est presque rafraîchissant : Emily prend ses distances avec Miranda, les rapports de pouvoir évoluent… mais très vite, ça se casse la figure. Miranda Priestly, incarnée par Meryl Streep, perd peu à peu ce qui faisait toute sa force. Elle s’adoucit, devient presque gentille… et du coup, le film perd complètement en crédibilité. Ce n’est plus vraiment le diable. Et sans cette tension, une grosse partie de l’identité du film disparaît.
Des idées modernes à peine effleurées
Le film tente pourtant d’aborder des sujets intéressants : la crise des médias, l’évolution du journalisme, l’impact des réseaux sociaux… Mais tout reste en surface. On devine ce que le film aurait pu être : une vraie réflexion sur la place des magazines aujourd’hui, sur la rapidité des tendances, sur l’image et le pouvoir. Sauf que rien n’est vraiment creusé. Le scénario préfère des conflits plus simples, des rivalités d’ego déjà vues, et devient rapidement prévisible. Au fond, le problème principal est là : le film donne l’impression de recycler les codes du premier sans jamais réussir à les moderniser. La nostalgie est partout, mais elle remplace souvent l’inspiration. Certains clins d’œil fonctionnent, comme quand Miranda est rattrapée par une époque qui lui impose désormais d’accrocher elle-même son manteau, un régal. Mais ça ne suffit pas à faire oublier le manque d’audace global. Le Diable s’habille en Prada 2 n’est pas un mauvais film. Il est même très agréable à regarder par moments, porté par un casting solide, une BO impeccable et une esthétique toujours aussi maîtrisée. Mais en tant que suite, il laisse un goût d’inachevé. Trop nostalgique, pas assez moderne, il passe à côté de ce qui aurait pu en faire un vrai film de son époque.