A travers de nombreuses interviews, Jin, Suga, Hoseok (J-Hope), Namjoon (RM), Jimin, Taehyung (V) et Jungkook, les 7 membres de BTS soulignent la volonté d’ancrer les 14 titres de Arirang dans l’identité culturelle coréenne. Les chiffres donnent raison à cet ambitieux projet : l’album a pulvérisé le record de pré-enregistrements sur Spotify pour un groupe de K-pop (plus de 5 millions) et s’est vendu à 3,98 millions d’exemplaires dès le premier jour. Sur les plateformes, la domination est totale, avec la quasi-totalité des titres classés simultanément dans le Top 50 Global Spotify et Apple Music. Pourtant, derrière ces records commerciaux, l’album divise profondément fans et critiques. Ce retour tant attendu devait être un triomphe unanime, alors pourquoi suscite-t-il autant de critiques sur les réseaux sociaux ?
L'absence de représentation du concept
아리랑 (arirang) est bien plus qu'un chant : c'est l'hymne officieux de la résistance coréenne, incarnant le “an”, cette mélancolie résiliente propre à la nation. En choisissant ce titre, BTS promettait un ancrage culturel fort. Et même si une partie des fans, dès la sortie, a été émue en écoutant l’album, une autre, plus critique, a été déçue du manque de représentation du concept. Les critiques soulignent une majorité de titres en anglais, conçus pour l'Occident, et une production confiée à des équipes non-coréennes. L’album est censé célébrer la Corée du sud mais le manque d’hommage est très notable, la seule référence à arirang ayant été faite dans Body to body et lors de leur concert sur Netflix le lieu était sur la place Gwanghwamun, au coeur de Séoul, devant le palais historique de Gyeongbokgung. Si le public, dont de nombreux coréens, voit une trahison du groupe, il omet que si BTS n’avait choisi ce concept, l'histoire d'arirang serait restée confidentielle hors de Corée. BTS a su partager sa culture avec le monde.
Le choix des chanson
Pour présenter l’album, les membres ont fait un live pour parler du processus de conception des chansons. Le public a pu découvrir qu’il y a eu un problème de communication à cause de la barrière de la langue, que les membres ont expliqué avoir utilisé de l’autotune mais il a aussi découvert que 120 chansons ont été composées pour en garder 14. Les fans ont été impressionnés d’entendre que la créativité des membres pendant ces 5 ans de pause n’a fait qu’augmenter. Une créativité débordante qui devait ravir, pourtant, le résultat divise. Qualifié d'expérimental, surtout avec Into the sun, l'album est perçu par une partie des fans comme une tentative maladroite de copier les codes actuels de groupes comme Stray Kids ou NCT, au détriment de la signature unique de BTS. Mais ce n’est pas la première fois que le groupe fait de la musique expérimentale mais c’est la première fois que celle-ci divise autant le public. Si les classements prouvent que ces choix plaisent au grand public, ils semblent avoir éloigné une partie des fans de longue date du groupe.
Les controverses autour de l’album
La campagne de promotion n'a pas été épargnée par la polémique. Le trailer d'animation, Arirang - Animation Trailer: What is your love song? met en scène 7 jeunes coréens qui sont partis de Corée du sud en 1896 pour poursuivre leurs études aux États-Unis à la Howard university et, au milieu de la cour, ils chantent arirang. L’animation a été critiquée pour son inexactitude historique concernant la ségrégation raciale de l'époque. L’université Howard est connue pour être la Harvard noire est ceci pour une raison : c’était la seule université pour les afro-américains. Les universités étaient refusées à la population noire et dans un besoin d’éducation, la communauté a décidé de créer son université et de former sa propre élite. Si les controverses auraient pu s'arrêter à cette histoire, elles ne l’ont pas faite. Dans le clip pour Swim, les membres sont sur un bâteau qui n’est pas traditionnel en Corée du sud. De plus, ils crient leur amour à une femme qui n’est pas coréenne, une trahison pour les fans. Et dans un contexte où HYBE, l’entreprise BTS, fait l'objet de surveillances judiciaires pour d'éventuelles pratiques commerciales agressives, la découverte récente d'un local rempli d'appareils diffusant l'album en boucle a servi de carburant aux détracteurs. Bien qu'aucune fraude n'ait été officiellement établie pour Arirang, ces ombres au tableau suffisent à discréditer les records aux yeux des sceptiques.
La mobilisation des haters
Ce retour a cristallisé les tensions entre fandoms. Les ARMY, fans de BTS, sont connus pour être très critiques, au point de harceler certains artistes pour augmenter les réussite de leur idôle. Ils ont de nombreuses fois été appelés à arrêter ce comportement mais ils n’ont jamais arrêté. Aujourd’hui, les ARMY font face à une mobilisation inédite de “haters” et d'autres fandoms, désireux de leur faire ressentir la pression de la critique. Beaucoup de fans d’autres artistes ont eu comme mission commune de saboter le retour de BTS. Ils ont décidé de discréditer les accomplissements de Arirang et de trouver des défauts à l’album. A cause de cette mobilisation, l’objectif fixé par les ARMY des 200 million de vues sur swim n’ont pas été atteint le premier jour. Mais la réalité commerciale reste imperturbable. Avec 3,98 million de ventes le premier jour, une domination dans le top 50 global sur spotify et apple music et 60 millions de vues accumulées sur le clip de Swim malgré le ralentissement des vues par youtube, Arirang et BTS prouve une chose : il peuvent être critiqués, contestés et clivants, ils n'en restent pas moins un phénomène commercial massif.