Comment porter sur scène une histoire aussi lourde et importante que celle de Marie-Claire Chevalier, sa mère, et ces trois autres femmes qui l'ont aidée? Comment raconter Gisèle Halimi, son combat et ce procès qui a bouleversé la vision d'une société entière sur l'IVG? C'est le défi relevé par Barbara Lamballais et Karina Testa au théâtre du Splendid.
Qui est Gisèle Halimi ?
Si vous n'avez pas grandi coupé du monde, le nom de Gisèle Halimi ne vous est sans doute pas inconnu. Avocate franco-tunisienne et grande figure de la lutte féministe, elle naît près de Tunis en 1927 sous le nom de Zeiza Taïeb. Très tôt, elle se heurte aux inégalités imposées par sa famille: alors que ces derniers sont destinés à de grandes études, la jeune fille apprend à tenir un foyer. Du haut de ses 10 ans, elle entame une grève de la faim pour protester contre cette différence de traitement. Le ton est donné. Petite fille intelligente et déterminée, Gisèle Halimi poursuivra ses études et deviendra l'une des avocates les plus marquantes du XXe siècle. Au cours de sa carrière, Maître Halimi défend des militants de l'indépendance algérienne, signe le manifeste des 343 et, surtout, plaide lors du procès de Bobigny pour la libération de Marie-Claire Chevalier, jeune femme de 16 ans poursuivie pour avoir avorté après un viol.
Retour sur le procès Bobigny
Nous sommes en 1971. L'avortement est encore puni par la loi. Marie-Claire Chevalier fait appel à Gisèle Halimi pour la représenter. L'adolescente a subi un viol, suivi d'une grossesse, puis d'un avortement clandestin. L'homme qui l'a violée l'a dénoncée aux autorités. Elle, sa mère et trois autres femmes qui l'ont aidée sont arrêtées. L'avocate, habituée à défendre des cas similaires, prend tout de suite le dossier et propose d'en faire une affaire publique. Avec l'aide de Simone de Beauvoir, l'avocate transforme le procès en véritable tribune politique contre la pénalisation de l'IVG. Très vite, l'affaire dépasse le cadre judiciaire. Les médias s'en emparent et les militantes féministes manifestent, scandant que leur corps leur appartient. Marie-Claire devient alors le symbole de milliers de femmes, contrainte de passer par des faiseuses d'anges (femmes pratiquant l'IVG de manière illégale), souvent au péril de leur vie. Le procès de Bobigny, surnommé le "procès du siècle", jouera un rôle déterminant dans l'adoption de la loi Veil en 1975.
La mise en scène: entre rire et tension
En 1 h20, la pièce retrace l'histoire de Gisèle Halimi, de Marie-Claire Chevalier, de sa mère et de ce procès historique. Une heure vingt dense, parfois éprouvante, mais régulièrement allégée par des touches d'humour tenues par des actrices qui savent faire leur travail. La mise en scène joue sur l'entremêlement des temporalités: l'enfance de Zeiza Gisèle se mêle à la rencontre de Marie-Claire et du violeur. Ce choix peut rendre le début un peu confus, les personnages et les périodes étant introduits sans toujours être clairement identifiés. Néanmoins, le passage d'une scène à l'autre crée une continuité fluide et donne au spectacle un rythme régulier: lorsqu'une scène s'achève, la suivante s'installe immédiatement, sous les yeux du public. En outre, le dispositif scénique est sobre mais efficace: changements à vue, costumes disposés en arrière-plan derrière des vitres teintées, pas d'accessoires grandioses mais dont on reconnait directement l'utilité. Le récit suit le fil du procès de Bobigny, de la rencontre au jugement, sans jamais perdre de vue l'enjeu politique et pour autant, sans rendre le tout trop morose.
Où, quand, comment ?
La pièce de théâtre est jouée au théâtre du Splendid, du mercredi au dimanche, jusqu'au 31 mai. Les places sont disponibles à partir de 16€ sur BilletReduc ou directement sur le site du théâtre. Pour s'y rendre, rien de plus simple: ligne 4, arrêt Strasbourg-Saint-Denis. Châtelet fonctionne aussi pour les amateurs de ballades souterraines. Attention à ne pas vous tromper de théâtre: le quartier en est rempli. A priori, si l'adresse est bien inscrite sur Google Maps, il n'y aura pas de soucis.